Politique

L’ombre de Ould Errachid derrière la charge de l’Istiqlal contre la CGEM?

via media24

Plusieurs sources donnent l’homme fort du Sahara comme étant derrière la charge violente de l’Istiqlal contre la CGEM. Selon cette version, lorgnant la présidence de la région sud de la CGEM, appelée à jouer des rôles stratégiques dans les prochaines années, il a poussé le comité exécutif du parti, qu’il contrôle, à déclarer la guerre à la confédération patronale. 

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« Ce n’est pas une action qui ressemble à Nizar Baraka. On ne comprend plus rien dans le parti de l’Istiqlal ». Voici ce que nous dit un des vieux membres du parti de la balance quand on l’interroge sur la dernière attaque du parti contre la CGEM.

Lui, comme d’autres, désavoue cette sortie, « violente », « inutile », qui « décrédibilise le parti », et « rompt avec ses vieilles traditions politiques », nous disent plusieurs membres du parti.

Le communiqué du 15 février qui a sonné la charge contre le patronat est pourtant signé Nizar Baraka. Il a été publié après la tenue, le même jour, du comité exécutif du parti, présidé encore par Nizar Baraka.

« Oui, c’est Nizar Baraka qui préside le comité exécutif. Mais il n’a pas la majorité dans ce comité. Sur les 28 membres du comité, il n’a réellement l’adhésion que d’un ou deux membres, quelques uns au maximum. Le vrai patron de l’Istiqlal, ce n’est pas lui, c’est Hamdi Oud Errachid », nous dit un cadre du parti. Si cette lecture est vraie, c’est donc Hamdi qui conduira les batailles électorales de l’Istiqlal.

Une source à la CGEM nous dit la même chose. « Nous connaissons bien Nizar Baraka. Et tout le monde sait que c’est Ould Errachid qui est derrière cette attaque. Ce n’est pas un scoop ! », répond une source du patronat.

Pourquoi Hamdi Ould Errachid s’attaque-t-il à la CGEM ? Et comment se fait-il qu’un seul membre du comité exécutif d’un vieux parti comme l’Istiqlal ait une telle influence sur les prises de position publiques du parti ?

Tout a commencé en 2017, année du congrès de l’Istiqlal qui a vu Nizar Baraka évincer Hamid Chabat.

Moulay Hamdi Ould Errachid, un des hommes fortunés du parti, connu pour sa force de frappe électorale dans les provinces du sud, a viré de bord. Soutenant Chabat depuis 2012, il se ligue avec Nizar Baraka et devient son premier appui. Le fastueux congrès des « assiettes volantes », en référence à la fameuse bataille entre le clan Ould Errachid et les partisans de Chabat, c’est lui qui l’a financé en grande partie.

A droite sur la photo, My Hamdi Ould Errachid, à côté de Nizar Baraka qui est au centre

Un des anciens fidèles de Hamid Chabat nous raconte ce souvenir du congrès de 2017, en forçant peut-être le trait : « Lors de ce congrès, il y avait en réalité deux candidats : Hamid Chabat et Hamdi Ould Errachid. Nizar Baraka n’était que le visage apparent de la campagne, mais le vrai adversaire de Chabat, c’était Ould Errachid. C’est grâce à lui que Baraka a été élu. Ce qui paraissait au départ impossible vu que Nizar Baraka n’a jamais été un homme de l’appareil, et s’était en plus éloigné du parti depuis 5 ans, après sa nomination du CESE ».

Depuis ce congrès, Nizar Baraka a une dette envers Ould Errachid, ce « faiseur de rois ». Et celui-ci fera tout pour profiter de cette situation, en noyant le comité exécutif de l’Istiqlal de ses proches et partisans. Ould Errachid a régulièrement démenti tout conflit, dénoncé les « calomnies » et affirmé qu’il y a « un seul leadership, uni sous la direction de Nizar Baraka« .

« En contrôlant le comité exécutif, mais aussi le syndicat du parti, dirigé par un de ses proches (son gendre Enaam Mayara, SG de l’UGTM, ndlr), Ould Errachid est devenu de fait le vrai patron du parti. Rien ne passe sans son aval. Nizar Baraka le sait, mais ne dit rien. Il y a des tensions entre les deux hommes, mais elles ne sont pas déclarées, Nizar Baraka étant un monsieur qui n’aime pas l’affrontement », confie, dépité, un membre du parti, qui ne se reconnaît plus dans la ligne de l’Istiqlal, ni dans les promesses d’apaisement et de normalisation formulées par le secrétaire général lors de son élection.

Cette force de Hamdi Ould Errachid vient aussi de ses grandes victoires électorales dans la région du sud. Grâce à lui, l’Istiqlal a gagné 4 sièges dans la première chambre (Laâyoune, Smara, Tan Tan et un siège de la liste nationale), préside la Région Laâyoune Sakia-El Hamra et gère la mairie de Laâyoune. Mais son véritable poids se voit dans la chambre des conseillers où il a fourni au parti 8 conseillers sur les 24 que compte le groupe parlementaire de l’Istiqlal à la deuxième chambre, faisant du parti de la balance une des principales forces politiques de la seconde chambre avec le PAM.

« C’est un homme de l’appareil. Une bête électorale. Il est aujourd’hui indispensable pour l’Istiqlal qui veut retrouver sa place dans l’échiquier politique. Sans lui, l’Istiqlal perdra tous ses sièges gagnés au Sahara. Dans les provinces du sud, les gens ne votent pas pour un parti, mais pour un clan, une tribu. Si Ould Errachid change de parti, il conservera sa puissance. Et c’est l’Istiqlal qui sera perdant », explique un ancien dirigeant du parti.

Descendant de la tribu des Reguibat, Hamdi Ould Errachid n’est pourtant pas un vieux membre du parti. Travaillant dans l’administration espagnole du temps de l‘occupation, il deviendra caïd dans l’administration marocaine, puis super caïd, avant de se lancer dans les affaires.

Au début de sa carrière, l’homme s’intéressait peu à la politique. C’est plutôt son frère, Khelli Henna Ould Errachid, qui était au devant de la scène, en tant que député, puis ministre des Affaires Sahariennes sous Hassan II et ensuite en tant que président du Corcas.

Fort du soutien de l’Etat, qui s’appuyait sur les tribus sahraouis pour asseoir son pouvoir les provinces du sud, Hamdi Ould Errachid réussit à monter un véritable empire financier, avec des entreprises actives dans l’exploitation des carrières de sable, la pêche, l’immobilier, les hydrocarbures, le BTP… Des activités qu’il vient de regrouper, selon nos sources, dans une holding.

Ce n’est qu’au début des années 2000 qu’il intègre le parti de Allal El Fassi, coopté alors par le secrétaire général du parti Abbas El Fassi, qui s’appuiera sur lui notamment pour renforcer sa frappe électorale dans les provinces du sud.

Bête de la politique, et connaissant les arcanes de l’administration et du jeu électoral du fait de son expérience de super caïd sous Basri, l’homme réussira rapidement à tisser sa toile au sein du parti, faisant et défaisant les alliances.

Soutenant d’abord le clan des El Fassi, il se retourne contre eux en 2012 en appuyant et soutenant vigoureusement la candidature de Hamid Chabat contre Abdelouahed El Fassi, fils du père fondateur Allal El Fassi. Ce qui ne l’empêche pas de changer de camp cinq ans plus tard, en lâchant son protégé Chabat, pour (re)soutenir le petit-fils de Si Allal El Fassi, Nizar Baraka. Et prendre, cette fois-ci, le contrôle du parti…

Mais son appétit pour le pouvoir n’a pas de limites. A l’approche des élections de renouvellement des instances de la CGEM Sud, le puissant homme d’affaires du Sahara voulait absolument faire dégager Mohammed Lamine Hormatollah, l’actuel président de la CGEM Sud (Istiqlalien qui a viré vers le RNI) et contrôler l’antenne patronale de ce territoire stratégique.

« La CGEM Sud présente un véritable enjeu aussi bien économique que politique. Avec les multiples investissements programmés dans la région, ainsi que les promesses d’IDE américains, l’antenne régionale du patronat sera appelée à jouer un grand rôle, puisque c’est par elle que transitera l’essentiel des projets d’investissement, notamment américains. Hamdi Ould Errachid veut ainsi se positionner pour être l’interlocuteur des Américains, les diriger là où il veut, et gagner davantage en envergure dans sa région pour contrer ses rivaux historiques. Il y a aussi un enjeu électoral, puisqu’en contrôlant la Région Sud, l’homme peut peser lourd sur les élections patronales à la chambre des conseillers », nous confie un membre de la CGEM.

Mais les ambitions de Hamdi Ould Errachid vont s’anéantir quand le patronat a décidé d’amender son règlement intérieur, ce 11 février, en disposant qu’une personne ayant une responsabilité dans les organes de décision d’un parti politique ne peut plus prétendre à la présidence nationale ou régionale de la CGEM.

Une décision votée à la majorité par les administrateurs de la CGEM, mais que Hamdi Ould Errachid a vécue comme une attaque personnelle contre lui, selon nos sources. D’où la réaction virulente qu’il a fait passer via le comité exécutif du parti de l’Istiqlal, quatre jours seulement après le vote de cet amendement.

Contacté par Médias24, Hamdi Ould Errachid n’a pas souhaité répondre à nos questions: « Je n’ai aucun commentaire à faire. Je ne vous connais pas. Quand je déciderai de parler, je le ferai dans Al Alam (organe du parti de l’Istiqlal, ndlr) », nous dit-il.
Un de ses proches nous confirme en tous les cas les intentions de Ould Errachid et ses ambitions patronales, et trouve légitime la réaction du parti.

« La CGEM a voulu barrer la route à l’Istiqlal dans la région Sud. On n’est pas dupes. Les 8 sièges patronaux de la chambre des conseillers ne sont pas réservés exclusivement à la CGEM. La loi est claire, et ces sièges ont été créés pour avoir une représentation patronale. Et le patronat n’est pas une exclusivité de la CGEM. Empêcher un membre du comité exécutif de se porter candidat à une présidence régionale est une infraction à la loi et à la constitution. La CGEM est devenue un lobby entre les mains d’un seul parti, qui défend ses intérêts, contre ceux des patrons et chefs d’entreprises », tonne-t-il, répétant les éléments de langage du communiqué de l’Istiqlal.

Mais à la CGEM, on nie tout cela, expliquant que cet amendement visait simplement à préciser une neutralité qui était déjà inscrite dans le règlement intérieur de la confédération. Et ne cible aucun parti ni une personne en particulier. Elle vise notamment à corriger des erreurs du passé.

« La CGEM a déjà vécu une expérience amère avec l’Istiqlal. En 2015, lors de la constitution de la deuxième chambre, un de nos élus, Mohamed Ould Salem, chef d’une entreprise à Laâyoune, nous a lâchés. Dès la première séance, au lieu de siéger à côtés de ses collègues de la CGEM, il est parti chez le groupe de l’Istiqlal. C’est pour ne pas revivre cette expérience qu’il fallait préciser les choses à travers cet amendement », nous explique une source patronale.

Un argument que ce proche de Hamdi Ould Errachid balaie d’un revers de la main. « Oui, Ould Salem a rejoint le groupe de l’Istiqlal. Mais je ne vois pas où est le problème. En tant que chef d’entreprise, il a été élu pour défendre les intérêts des entreprises. C’est une mission qu’il peut faire au sein du groupe de l’Istiqlal. La représentation patronale n’est pas une exclusivité de la CGEM. Au Maroc, on n’a pas de parti unique. La CGEM veut instaurer une dictature patronale. Nous ne laisserons pas ça passer », souligne notre source, en donnant l’exemple des représentants des syndicats, que rien n’empêche, une fois élus, de siéger avec des groupes parlementaires de différents partis politiques.

Quant à l’instrumentalisation de l’appareil du parti dans une bataille personnelle, la même source nous dit que ce problème ne concerne pas seulement Hamdi Ould Errachid, mais aussi d’autres membres de l’Istiqlal. « Hassan Sentissi (président de l’Asmex, ndlr) est également membre du comité exécutif de l’Istiqlal. Il est même le trésorier du parti. Nous avons aussi plusieurs membres du parti qui sont également chefs d’entreprises et membres de la CGEM. Ce n’est pas que l’affaire de Hamdi Ould Errachid, mais une position unanime du parti et de son comité exécutif », rétorque-t-il.

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