Combats

Pays-Bas : Un Néerlando-marocain raconte son processus de déradicalisation

via Yabiladi

Un radical repenti qui veut combattre l’extrémisme chez les jeunes aux Pays-Bas. Voilà comment on pourrait résumer l’histoire de  Mahmoud Tighadouini qui, après avoir été exposé à l’idéologie radicale, a décidé de la combattre aujourd’hui, comme il le raconte à l’hebdomadaire néerlandais PBS.

Crise identitaire et le rejet de la société néerlandaise

11 septembre 2001, les Etats-Unis sont frappés, sur leur sol, par des attentats sans précédente à peine imaginables dans les pires scénarios de films catastrophes. Avec les guerres en Afghanistan et en Irak qui  succèdent aux attentats, le monde s’en trouve définitivement changer. Autant d’événements qui ont créé un déclic chez le jeune Mahmoud Tighadouni qui intègre un groupe de discussion sur Internet. Les messages échangés dans ce groupe en ligne, présentent l’Occident en général et les Etats-Unis en particulier comme les ennemis des musulmans.

Mais ces messages n’ont fait qu’exacerber chez le jeune homme alors âgé d’à peine 18 ans, sa frustration de laissé-pour-compte. Il raconte avoir été aux prises avec des questions identitaires qui l’ont rendu plus enclin à être réceptif aux messages radicaux qu’il recevait via Internet. «Je vis aux Pays-Bas [il y est né aussi, NDLR], mais les gens ici me regardent toujours comme un Marocain ». Cette frustration d’être considéré comme un citoyen de seconde zone dans un pays où il est né, a créé un vide chez lui que la radicalisation s’est empressée de combler très vite. C’est en tout cas la conviction du jeune homme.

«On avait l’impression d’être vraiment en sécurité, c’était comme si j’avais trouvé ce que je cherchais. Il me fallait la structure, j’avais besoin de gens qui me disaient où aller, comment vivre», confie Mahmoud qui a arrêté ses cours et pour passer de plus en plus de temps, seul dans sa chambre devant son ordinateur. Puis un sentiment d’appartenance à une communauté où il est accepté indépendamment de se origines ou de son pays de naissance, se crée ; autant dire une zone de confort.

Radicalisation et décision d’aller combattre

La radicalisation du jeune homme montre ses premiers signes. Mahmoud change radicalement son aspect vestimentaire. Exit la mode branchée, le jeune homme ne portait plus que les «vêtements islamiques». De plus en plus isolé, Mahmoud entre en conflit avec sa famille musulmane qui a immigré quelques années plus tôt du Maroc. En conséquence, il se rapproche de ses amis virtuels et ne parlent plus qu’aux gens qui pensent comme lui.  

Enfermé dans un cercle infernal, le jeune est convaincu que son passage à l’acte devrait se faire par le voyage à l’étranger pour combattre en vue d’«aider ses frères et ses sœurs musulmans». L’attentisme le dérange à mesure que la somme des frustrations augmente et se transforme en colère. Mahmoud finit par se dire : «Je ne peux pas seulement regarder et m’asseoir dans ma chambre». Il emballe ses affaires dans un sac et projette de se rendre en Afghanistan ou en Irak, peu importe.

Prise de panique face à l’isolement de son fils, la maman décide alors d’agir en confisquant son passeport et en faisant appel à la police. Le jeune ne sera pas arrêté. C’est un membre de la communauté musulmane d’Amsterdam qui vient lui parler. «J’étais très en colère mais j’étais à l’écoute de ce qu’il disait car il avait un discours très clair. J’ai pensé « d’accord, il a peut-être raison« ». Le discours de l’homme religieux a eu l’effet d’une prise de conscience sur le jeune Mahmoud. Ce dernier accepte de reprendre les cours, de trouver un emploi et de travailler sur son comportement. Mais la radicalisation lui avait presque brouillé le cerveau. C’est à ce moment que commence son processus de dé-radicalisation.

Prise de conscience et combat contre la radicalisation

Le jeune homme était aux prises avec des crises épisodiques le poussant à retourner à son état d’avant. «Ça reste dans votre tête. Quand quelque chose se passe dans des guerres ou en Syrie, la haine revient ou tente de revenir», laisse entendre Mahmoud. Mais un fait va finir par le faire changer d’avis définitivement. En 2011, alors sur la table d’opération pour un lymphome qui lui a été diagnostiqué, le jeune homme est soudain saisi d’une idée qui changera sa vie. Alors que les médecins s’apprêtaient à l’opérer, il s’interroge. «Ils [les médecins] ne me voient pas comme un musulman sur un lit, ils me voient comme un être humain. Alors, pourquoi ne puis-je pas faire la même chose ?», s’interroge-t-il. Un questionnement qui le fait passer en un rien de temps de l’obscurité à la lumière.

Mahmoud Tighadouini savait désormais qu’il devait combattre l’idéologie radicale à laquelle il avait été lui-même exposé. Lorsqu’un attentat frappe Charlie Hebdo en janvier 2015, il décide d’agir auprès de la jeunesse en racontant  son histoire. «Je sais ce qui se passe dans les esprits des jeunes alors je veux raconter mon histoire. Peut-être que je peux empêcher quelque chose, peut-être qu’un gars va entendre mon histoire et va penser, « Ouais, peut-être qu’il a raison »», se souvient-il.

Son combat contre la radicalisation des jeunes, c’est par la plume qu’il va le mener. Après les attentats de Paris, il a écrit son histoire sous la forme d’une pièce diffusée dans le journal néerlandais De Volkskrant. «J’ai la responsabilité de prendre la parole en tant que musulman comme en tant qu’être humain». Par son combat, Mahmoud espère sortir beaucoup de jeunes des chemins de la radicalisation. Qui mieux qu’un ancien radicalisé pourrait peut-être réussir cette mission ?

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