Politique

Seuls 20% des élus de la nation sont des femmes

via media24

Malgré la méthode des quotas, l’accès au Parlement reste difficile pour la femme marocaine dont la présence est très faible. Voici les causes, les chiffres et les solutions à cette situation, présentés par Jawad Echchafadi.

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Si la femme marocaine a obtenu le droit de vote en 1963, elle n’a pu intégrer le Parlement qu’en 1993, précédée par l’Egypte (1957), le Liban (1991) ou encore les Comores, la Tunisie, la Mauritanie et l’Algérie, pour ne citer que ces pays. 

“Dans le monde arabe, le Maroc figure parmi les derniers de la classe en matière d’autonomisation politique de la femme. Elle est considérée comme un être non-politique, uniquement utilisée comme un chiffre pour faire peser la balance électorale ou comme un moyen pour améliorer l’image (des partis, ndlr) durant les rassemblements”. 

C’est ce que déclare Jawad Echchafadi, président de l’Observatoire marocain de la participation politique, lors d’une session e-learning organisée, ce jeudi 21 octobre, par la Fondation Konrad Adenauer dans le cadre du programme “Engageons-nous pour plus de femmes en politique au Maroc et au Bénin 2018-2021”, cofinancé par l’Union Européenne. 

Cette session a porté sur “la faiblesse de l’autonomisation politique de la femme”. Elle fut l’occasion de revenir sur les causes de ce constat désolant, traduit par des chiffres alarmants. 

Lors de son intervention, M. Echchafadi a partagé quelques chiffres qu’il décrit comme “indicateurs pour nous remettre les pieds sur terre”. 

La représentation des femmes au sein de la Chambre des conseillers est de 11,7%. Parmi les élus de la nation, elle est de 20,5% “et ce, uniquement grâce à une évolution due au système de quota”, indique-t-il. 

Au sein du bureau de la Chambre des conseillers, il n’y a aucune femme. “C’est choquant mais vérifiable sur le site de la chambre. Par contre, les femmes représentent 28% du bureau de la Chambre des représentants”, précise-t-il. 

Quant aux collectivités territoriales, et plus particulièrement au niveau de la présidence des conseils régionaux, il faut savoir qu’il n’y en avait aucune suite aux élections de 2009. Pareil en 2015. 

Cela dit, suite à des départs et démissions à Tanger et Guelmim Oued-Noun, l’on compte désormais 2 femmes sur 12 présidents de conseils régionaux.

La représentation des femmes au sein du gouvernement, des ambassades, consulats ou encore des administrations marocaines n’est pas meilleure.  

En 2009, 7,4% des secrétaires généraux étaient des femmes. En 2016, ce chiffre a doublé (14%). 

Par contre, les femmes ne représentaient que 9,5% des inspecteurs généraux en 2009. En 2016, ce chiffre a baissé (9,1%).

M. Echchafadi estime que “le volet législatif ne pose aucun problème”. Le souci réside principalement dans l’application des textes. 

De manière générale, Jawad Echchafadi considère que “les handicaps et causes de cette situation sont très nombreux et variés”. 

Pour expliquer la faiblesse de l’autonomisation politique de la femme, l’intervenant a listé plusieurs raisons, recueillies par ses soins auprès des principales concernées lors d’ateliers organisés par la Fondation Konrad Adenauer avec des partis politiques marocains. 

Il s’agit, entre autres, du “manque de confiance” que la société a en la femme, mais aussi qu’elle a en elle. Les femmes sont “sous-estimées”, surtout que “peu d’hommes acceptent d’être dirigés par des femmes”. 

De plus, “la réticence des femmes entrepreneurs à se diriger vers la politique” contribue à la faible présence de la gent féminine dans la sphère politique. 

Certaines ont imputé cette situation à la peur du regard de la société. D’autres, à la faiblesse des formations et des compétences. 

Pour M. Echchafadi, le volet relatif aux compétences est une problématique qui ne concerne pas uniquement l’accès au Parlement, mais aussi « l’après ».  

Dans ce sens, il a partagé les conclusions du Forum arabe sur l’autonomisation politique de la femme. « Des conclusions qui dérangent », indique-t-il.

“Ce forum s’intéresse à la démocratie dans le monde arabe et effectue des études dans ce sens, dont l’une sur l’autonomisation politique de la femme, axée sur la méthode des quotas au Maroc”.

Les chiffres datent de 2017, mais les femmes ayant participé à cette étude sont toujours au Parlement. Leur nombre n’a pas été précisé mais les résultats exposés par M. Echchafadi soulèvent plusieurs questions. 

« Selon cette étude, 69% des femmes parlementaires ayant participé ne connaissent pas la nature de la relation entre le Parlement et le gouvernement. La moitié n’arrive pas à déterminer le lien entre le Parlement et les institutions constitutionnelles de gouvernance, tandis que 40% d’entre elles ne connaissent pas la nature des spécialisations financières du Parlement ».

Ce n’est pas tout ! « 22% ne maîtrisent pas la technique de rédaction des questions écrites et 83% d’entre elles ne savent pas comment rédiger les questions orales ». 

“Ces chiffres nous poussent à nous pencher sur l’aspect relatif à l’accompagnement dans l’autonomisation politique et à se demander si ce résultat est voulu. Au final, cela touche à l’image de la femme”, souligne-t-il. 

Après avoir listé tous les éléments problématiques, rappelé la situation réelle et exposé les chiffres alarmants, M. Echchafadi a proposé quelques solutions. Certaines sont ses propres conclusions et d’autres ont été recueillies auprès des parlementaires lors des ateliers précités. 

La solution qui revient le plus est celle de la formation. Que ce soit au niveau des partis politiques ou du Parlement, il est proposé de procéder à des “formations continues sur le terrain”, mais aussi de “donner des exemples concrets des femmes ayant réussi sur la scène politique”, et d’attirer les dirigeantes d’entreprises car “leurs activités économiques faciliteront leurs activités politiques”. 

Jawad Echchafadi a aussi insisté sur le rôle des médias dans l’amélioration de l’image de la femme pour briser celle qui est actuellement véhiculée, car “elle n’est pas encourageante”, indique-t-il. 

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